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initiées par "La Plume à l'oreille"
2008 Denis Péan
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Bilan de la semaine de rencontres avec Denis Péan

Denis Péan est venu à Salon de Provence du 25 au 29 février 2008 rencontrer les élèves de sept classes du lycée Adam de Craponne et deux classes du collège de Mallemort. Environ 300 élèves ont participé à ce projet. La semaine passée ensemble fut une réussite à tous points de vue, réussite qui a dépassé largement nos attentes.

L’auteur

▪ La préparation du projet

Sur le plan de l’organisation de chaque séance devant les élèves, nous avions mené en amont une véritable préparation. Je lui avais communiqué mes objectifs pédagogiques, le choix des textes travaillés dans chaque classe. Je lui avais également communiqué les objectifs des deux autres professeurs du lycée participant à la rencontre. Ainsi, l’auteur est venu avec une malle aux trésors pleine de livres, de disques à faire écouter aux élèves, à faire circuler aussi. Ayant assistée à toutes les séances, je peux témoigner que chacune était unique et différente des autres. L’artiste, particulièrement touchant et généreux a su mêler l’improvisation à une préparation minutieuse pour laisser place à la magie et à la spontanéité tout en abordant les sujets que nous avions choisis. Au sens fort, nous avons vécu une « Rencontre » et les élèves se rappelleront longtemps de ce moment passé ensemble.

▪ Le planning de l’artiste

◦ Six séances programmées de deux heures chacune : 2 parties de 45 minutes (tour de chant et interview), pause de 15 minutes.

◦ Une émission de radio le mardi soir : à l’avenir, il serait bon de proposer l’organisation de celle-ci par les élèves eux – mêmes.

◦ Une intervention au sein du club Mauritanie au lycée Adam de Craponne sur le thème de l’Afrique.

Le planning était dense mais fut bien vécu par Denis Péan. Il nous faudra à l’avenir éviter au maximum de proposer des séances avant dix heures du matin. Les séances programmées à neuf heures peuvent être difficiles pour des artistes souvent peu habitués à jouer à ces horaires.

L’équipe du Portail Coucou

Elle s’est montrée particulièrement disponible et accueillante. L’auteur – musicien a pu bénéficier de conditions de travail idéales : une sonorisation adaptée, la présence quotidienne d’un ingénieur du son, d’un ingénieur lumière, de William Balbi, le directeur de la structure et de l’administratrice. Ces conditions techniques permettent à l’artiste de recréer son univers et d’être ainsi pleinement disponible pour le public. La matinée du lundi fut consacrée à l’installation et à la balance. L’équipe nous reçut de façon particulièrement chaleureuse et professionnelle. Le timing fut respecté très scrupuleusement par tous, ce qui nous permit d’enchaîner les séances de façon souple et détendue : aussi bien pour l’artiste que pour les élèves, les membres de la structure ou moi – même. Une soirée, dès le mardi soir, nous donna l’occasion de nous rencontrer les uns les autres dans un contexte chaleureux et de tisser rapidement des liens.

A chaque séance, un verre de jus de fruits était proposé gratuitement à tous les élèves dans le bar jouxtant la salle de concert, ce qui leur  permit de parler au poète, de découvrir le lieu et d’échanger autour de la rencontre. Ce temps de pause était chaque fois très apprécié des élèves et permettait de placer la rencontre dans un cadre festif. L’équipe du portail a également pris en charge notre restauration du midi. L’administratrice a pris des photos à chaque rencontre et s’est occupée d’établir la mémoire visuelle de notre semaine. De plus, la structure a pris en charge le cachet de l’artiste dans l’attente des subventions sans quoi nous n’aurions pu réaliser ce projet.

Il s’agissait, dans le cadre de ce partenariat, de travailler en lien avec une structure culturelle au plan local. Cette semaine nous a permis de nous rencontrer, de faire naître une confiance respective et d’impulser ensemble de nouveaux projets. A ce titre, dès le 9 mars dernier, j’ai sollicité W. Baldi pour une rencontre avec Malouma dans le cadre d’un autre projet. Il a accepté immédiatement. Nous travaillons actuellement à l’organisation, l’année prochaine, d’une nouvelle semaine de rencontre avec un artiste écrivain musicien.

Réception des élèves

Les élèves ont pu rencontrer un homme ouvert sur le monde, particulièrement tolérant, humble et riche de ses voyages à travers le monde. Si tous n’ont pas été conquis par son univers, tous le respectent profondément parce qu’il a su les toucher par ses textes, sa musique et ses qualités humaines. L’attitude des élèves fut la même chaque jour : une attention magique, des regards vissés sur la scène.

A ma grande surprise, l’une de mes classes que je connais pour être vivante et participer volontiers s’est montrée particulièrement silencieuse durant l’interview ce jour-là. Elle n’est pas parvenue à interroger le poète, à lui poser toutes nos questions minutieusement préparées. Les élèves m’ont avoué ensuite avoir vécu quelque chose de très fort, ils étaient impressionnés par l’homme… Dans cette classe, j’ai demandé leurs impressions de façon anonyme. Pas une critique négative. Tous m’ont dit avoir vécu un moment fort, magique, rencontré un homme hors du commun, simple néanmoins. Les seules critiques obtenus par certains concernaient la musique : elle ne correspondait pas à celle qu’ils avaient l’habitude d’écouter… Plus de la moitié m’ont confié que les textes leur paraissaient tout d’abord « bizarres », « difficiles » puis les explications du poète et la rencontre avec l’homme les ont éclairés…

Une autre classe d’élèves de 1ère plus agitée nous imposait une attention particulière du point de vue de l’encadrement. Il n’y eut pas le moindre mot mais une attention soutenue, une participation active et des questions pertinentes posées à Péan. Durant deux heures, les élèves se sont montrés tous très réceptifs. Au retour, les élèves ont dans la rue été difficiles à contenir : des chants, des cris, un besoin ardent de se défouler après un moment d’émotion.

Tous les élèves ont écouté les chansons du poète, les anecdotes de ses voyages, de ses tournées à travers le monde, ils ont découvert différents instruments à l’histoire insolite : le carillon d’Europe de l’Est, l’harmonium d’Inde que le poète emmena jusque dans le désert. Ils ont écouté le chanteur au piano, à capella, à l’harmonium, au carillon, leur lire des textes qui lui sont chers, leur faire écouter d’autres chansons, d’autres poèmes. L’échange était largement interactif : des questions d’élèves, des récits d’anecdotes humaines, musicales, des tranches de vie d’un musicien voyageur. Ils ont pu poser librement leurs questions et ont toujours obtenu des réponses claires et précises. Denis Péan, sans s’offusquer d’aucune question, a répondu à tous, sans tabou. Parallèlement, les élèves, conquis par cet homme simple et généreux, se sont montrés particulièrement respectueux.

Ils ont également eu entre les mains le bazar savant de l’auteur, des disques, des livres originaux tant sur le plan de l’écriture que de la mise en page.

De nombreux élèves ont fait dédicacer leur livre, chacun put y lire une courte phrase unique et personnelle. Nous nous sommes délectés de les relire en classe.

Sur le plan pédagogique

Les élèves ont découvert l’univers de Péan. Tous peuvent en parler, ils ont compris les textes, ce qui est tout à fait précieux dans la perspective de l’épreuve orale de l’EAF. Ils ont été touchés par l’artiste et les séquences pédagogiques liées à cette rencontre furent dans toutes mes classes marquées par le plaisir et la motivation des élèves.

Parmi les réactions les plus remarquables, il me faut parler de ma classe de 1ère STG, une classe d’adaptation de 13 élèves. La préparation menée en classe et à la maison a éveillé la curiosité des élèves. Certains discrets, par ailleurs, ont préparé minutieusement leur questions et ont lu ses textes avec intérêt. Lors de deux séances de préparation, une certaine effusion, un enthousiasme réel et une impatience de la rencontre régnait dans la classe. Ni absent, ni retardataire ce jour-là…

La visite du site web de Péan et de son groupe Lo’jo était un support idéal de travail en amont de la rencontre : très coloré, attrayant, documenté, de nombreuses photos retraçant de façon exhaustive l’histoire du groupe, des morceaux en écoute présentaient autant d’éléments accrocheurs et permettaient de cerner l’univers du poète.

Cette classe a des difficultés, un absentéisme important lié à un manque certain de motivation. J’avais moi – même, comme mes collègues la plupart du temps,  six ou sept absents par séance et ce, depuis la Toussaint. Les élèves, à compter des séances de préparation de la rencontre, n’ont plus été absents à mes cours. Plus d’absentéisme depuis trois mois en lien direct avec la rencontre.

Mes élèves de Seconde connaissent l’homme, l’œuvre et les caractéristiques de son écriture. Ils ont eu de bien meilleurs résultats que d’habitude à l’évaluation finale de la séquence (10.53 de moyenne de classe à ce devoir). Tous se sont investis et ont écrit des textes « à la manière de » Péan. Les travaux d’écriture prennent, en situation, tout leur sens. Dans cette classe, d’autres réactions m’ont particulièrement encouragées. Le lycée a financé 34 recueils du poète et nous avons pu mener un travail intéressant dans le cadre des objets d’étude « lire, écrire, publier aujourd’hui » et « le travail de l’écrivain ». L’auteur nous a parlé du chemin du livre jusqu’à sa publication, de son travail d’écrivain, notamment de son utilisation du brouillon. Etude que nous avons bien sûr prolongée en classe en comparant un brouillon de Péan (publié dans le recueil) avec des brouillons de Supervielle, Zola ou Flaubert. Les élèves ont lu librement le recueil, nous avons élaboré ensemble des questions pour préparer l’interview du poète. Ils avaient visité le site, identifié les caractéristiques de l’univers du poète. Ils étaient prêts et impatients. Deux élèves en situation d’échec ont été transformés par cette rencontre. Adam s’ennuie en classe, il est arrivé en cours, le lendemain de la distribution du livre, les yeux fixes : immédiatement, il m’a dit : « Madame, j’ai lu le livre…. J’ai lu tout le livre, il est bien, très bien… ». Ce jour là, comme d’habitude, il n’a pas suivi mon cours mais s’est plongé dans le livre de Péan… Il a eu 16 /20 à l’évaluation finale de la séquence… Un autre élève, Alexandre, discret, s’ennuie souvent aussi. Il a rédigé l’article sur la rencontre que nous devions proposer à la presse (voir infra). Outre quelques maladresses d’écriture, j’ai choisi son texte sans hésiter comme texte support de l’article.

Ces exemples retiennent mon attention par la force de l’émotion partagée. Je sais que certains ont été réellement ébranlés par cette rencontre parce que Péan est profondément humain, sincère, qu’il a un rapport simple à la littérature et qu’il sait transmettre sa foi en l’homme, son amour des mots et de la musique. Il est de ces hommes qui nous rendent curieux, qui nous donnent du cœur à l’ouvrage et certains élèves, piqués au vif, l’ont compris. Ce projet m’a permis de tisser, avec mes élèves, des liens forts. L’écoute et l’attention en classe sont soutenues et nous travaillons dans un climat de confiance réciproque.

En Seconde, rédaction d’un article de presse…

Il était convenu avec le journal local, Le Régional, que mes élèves rédigeraient eux-mêmes l’article relatant la rencontre. Nous rencontrions le poète le mercredi et avions dès le jeudi une séance de modules consacrée à l’écriture de l’article. Le meilleur article devait donc paraître dans la presse, ce qui motiva les élèves. Leurs productions furent riches et intéressantes, certaines m’ont réellement surprises par l’émotion retranscrite, la connaissance et la compréhension de l’univers du poète. J’ai proposé un article composé de plusieurs textes d’élèves afin de soumettre un article complet tant sur le plan de l’émotion que sur le plan de l’information. Malheureusement, les journalistes n’ont pas édité la totalité de l’article malgré le respect de notre part des consignes de longueur. Les élèves furent déçus à ce titre.

… et écriture « à la manière de » Péan

Les productions d’élèves présentaient des qualités du point de vue thématique, pour traduire l’univers de Péan mais aussi du point de vue linguistique et littéraire. En effet, après avoir étudié les procédés d’écriture chers au poète (rareté des verbes, travail sur le groupe nominal, énumération, métaphores, personnification de sentiments, importance de l’humain, du « bric-à-brac » témoin du temps passé…), ils ont pu réutiliser ces procédés dans leurs propres textes. Beaucoup d’entre eux étaient pertinents et illustraient une connaissance précise de l’écriture du poète. J’ai proposé ensuite, à l’heure de la correction, une réécriture du texte, à la main, sur une page (papier blanc interdit) comme si elle avait été détachée d’un recueil poétique en choisissant d’éventuelles illustrations, la mise en page du poème, le format de la page. Je me suis chargée de rassembler les productions, de les relier et de les envoyer au poète en guise de souvenir de notre rencontre. Ce travail a plu à tous et la correction de l’écriture, non négligée, s’est doublée d’une recherche esthétique, primordiale en poésie. J’ai aidé les élèves les moins inspirés (ceux qui avaient eu une mauvaise note à l’évaluation) à corriger leur travaux et à rechercher des idées pour concevoir leur page dans le cadre de l’aide individualisée.

En guise de conclusion…

Nous, les accueillants, étions déjà conquis par le travail de Péan, la qualité de sa musique, de ses textes et de l’homme lui-même. Nous avons pris, durant cette semaine, une bonne dose d’oxygène. Fortement touchés, nous avons éprouvé le besoin d’échanger après la rencontre, de construire d’autres projets ensemble. A son départ, nous n’avions qu’une envie : organiser d’autres moments magiques et faire profiter, à nouveau, les élèves de cette énergie. Péan nous a permis de retourner à nos activités quotidiennes avec l’intime conviction que ces projets nous font aimer notre métier. Me concernant, ils m’aident à mieux enseigner. J’ai été pleinement récompensée par les élèves des heures passées à la préparation de ce projet.

Une organisation minutieuse en amont m’a permis de profiter pleinement de chaque rencontre. Travaillant à temps partiel ( !), j’ai pu être présente à chacune d’elle. Nous n’avons pas rencontré de difficultés d’organisation, ce qui m’a permis d’être disponible auprès des élèves et de Denis. Un grand moment pour moi fut de réaliser le rêve de tout professeur de lettres : recueillir de l’auteur lui – même les éléments utiles à l’explication de ses textes.

Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement la Région PACA, le lycée Adam de Craponne, le Portail Coucou pour leur financement et la confiance qu’ils m’ont accordés,

William, Sylvana et toute l’équipe du Portail Coucou pour leur disponibilité et leur professionnalisme,

les élèves pour leur participation,

Mme de Carrière pour sa confiance et son aide, mes collègues pour leur participation et leur présence,

Stéphane Coutable, pour son aide précieuse dans de nombreux domaines,

Et Denis Péan, bien sûr, car sans lui…

à Salon de Provence, le 23 avril 2008

Sandra Nouet

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